EDEN #1

EDEN #1 est la première partie d’une série de nouvelles de Raphael Araujo. Bien avant les évènements du Visage du Soleil et après le récit de La dernière flèche, les derniers Êtres humains vivant à bord de la station Horizon tentent leur chance dans la recherche d’un nouvel Eden au-delà des frontières de notre système solaire.

Gabriel Levinson venait de finir son troisième verre de mauvais whisky quand le programme télé fut brusquement interrompu par un écran fixe.

Dans quelques instants, un message officiel de votre commandant de bord.
Veuillez patienter.

Le barman sortit une télécommande de derrière l’étroit comptoir pour augmenter le volume du petit écran holographique, perché dans l’angle de la pièce.Eden1 titree

La fine mousse était le seul bistrot correct de la station aux yeux de Gabriel et il venait habituellement ici pour boire et regarder des vieux classiques du cinéma,  » Fast & Furious 36  » était son préféré.

Il occupait le poste de responsable sécurité des coursives D-43 à I-51, et venait s’embrumer l’esprit dans l’alcool entre deux périodes de service. Il y passait la quasi-totalité de ses tickets de rationnement.

La situation dans laquelle il se trouvait avec ses camarades d’infortune avait de quoi donner des sueurs froides aux plus courageux.

Ils étaient 45 000 êtres humains, entassés à bord de l’Horizon.

Ce tas de ferraille titanesque avait été pensé comme une base de loisirs spatiale pour touristes fortunés.
Casinos, piscines, suites luxueuses, espaces verts, et centres de bien-être. Tout cela avec vue sur les étoiles et la Terre.
Mais, quand la situation s’était dégradée sur la planète bleue, que plus personne n’avait envie de prendre de vacances au vu des guerres, famines et maladies qui fauchaient les Hommes les uns après les autres, Organex© avait racheté l’engin.

Le moindre espace futile ou destiné au confort avait été détourné de son usage initial.
Les parcs intérieurs servaient maintenant à stocker les vivres, les restaurants et les saunas avaient été transformés en infirmeries ou en dortoirs de fortune.
Les chambres étaient spartiates et les conditions de vie asphyxiantes. La nourriture était rationnée, les loisirs étaient rares et l’on peinait à trouver un espace de repos où l’on était pas entassé avec des dizaines d’autres personnes.
On pouvait toujours s’enivrer au tord-boyaux dans une remise transformée en bar clandestin, ou s’adonner à divers jeux de cartes, mais rien de bien excitant.

Il y avait également des laboratoires génétiques qui trônaient dans les étages supérieurs, protégeant de précieuses cargaisons ADN ainsi que tout le nécessaire pour réaliser des fécondations in-vitro.

La multinationale tentaculaire avait mis de côté ses appétits financiers et avait essayé de participer, elle aussi, au sauvetage de l’humanité.
Les mauvaises langues racontaient que le comité de direction de la firme en avaient surtout profité pour faire partie du voyage et sauver leur peau.
La ville flottante qui approchait lentement de la Ceinture de Kuiper, en bordure du système solaire, était ainsi devenue le dernier atout de l’Humanité.

L’Horizon et ses colons avaient pour but de détecter un corps céleste réunissant les conditions nécessaires à la vie afin d’y fonder une nouvelle civilisation qui permettrait de perpétuer l’espèce humaine loin de la Terre, maintenant moribonde.
Ils allaient devoir quitter le système solaire pour tenter d’y trouver leur jardin d’Eden, leur Eldorado.
Un nouveau monde où l’on pourrait tout recommencer en évitant de commettre les mêmes erreurs que par le passé.

Le projet « Nova Terra ». Ambitieux et optimiste dans l’idée, plus que hasardeux dans la pratique.

La base spatiale n’était pas faite pour dériver aussi longtemps et aussi loin dans le vide.

Les équipes de maintenance peinaient à la tenir en état et leur travail les avait déjà obligés à effectuer plusieurs périlleuses sorties dans l’espace afin d’entretenir les système externes de la station.
L’optimisme initial des colons lors du décollage avait, après plusieurs mois de voyage, laissé place à une inquiétude marquée et de nombreux doutes.

Allaient-il seulement arriver mener à bien leur mission ?
La planète tant espérée existait-t’elle seulement ?
L’Horizon serait-il leur tombeau ?

Gabriel finit un verre supplémentaire et lâcha un rot sonore et assumé.
Il n’était pas inquiet.
C’était le foutoir sur Terre mais il avait réussi à être recruté parmi ceux qui allaient peut-être se voir offrir une seconde chance.
Avec un bon poste par dessus le marché ! Il avait du forcer la main de deux ou trois personnes et fait jouer ses relations crapuleuses, mais il s’en était bien sorti.

Il était responsable sécurité du quatrième sous-secteur d’habitation du vaisseau, il en était en quelques sortes le shérif.
Lui qui n’avait eu que des petits boulots ingrats pendant la majeure partie de sa vie, s’était découvert un net penchant pour l’autorité. Et pour la boisson.
Mêler les deux lui procurait un plaisir certain.

Le solide gaillard de 2m10 avait une vision bien à lui du maintien de l’ordre, il était convaincu que le non-respect des règles méritait des châtiments corporels exemplaires.
Il n’hésitait pas à jouer des poings à la moindre occasion et imposer sa loi faisait partie pour lui des avantages du métier.

Personne n’osait vraiment le défier, car en plus de sa taille peu commune, il gardait une musculature bien développée malgré les quelques kilos qu’il avait pris ces dernières années.
Ses 48 ans n’empêchaient rien, il était étonnamment vif pour quelqu’un de sa stature.
Il avait surpris plus d’un adversaire au cours de bagarres de rues.

Il était aujourd’hui vêtu de son uniforme d’officier supérieur de navigation bleu clair qui atténuait la grossièreté de ses traits et de son crâne dégarni et osseux.

Jonas, le serveur au comptoir, lui reprit son verre et déclara d’un ton ferme :
 » Terminé. Je te sers plus. Déjà que t’as jamais assez de tickets, tu fous le bordel quand t’as bu. »
L’enfoiré osait le défier en public !
Gabriel vit rouge :
 » C’est moi qui décide quand j’ai assez bu, petite merde. »

Mais le jeune homme derrière le comptoir ne se laissait pas démonter. Malgré le déséquilibre de force évident, il se tenait droit face au caporal Levinson et le fixait directement dans les yeux.
Son corps malingre était vêtu d’une combinaison noire, le standard du personnel de bord de l’Horizon.
Ses cheveux bruns mi-longs tombaient en mèche devant des yeux qui affichaient une intention déterminée.
Gabriel fut d’abord surpris de rencontrer de la résistance mais se raisonna, l’avorton devait avoir envie de mourir, surestimait grandement ses chances ou n’avait jamais encore entendu parler de lui.

Le colosse prit la parole d’un air joueur alors que les autre clients commençaient à partir sans demander leur reste.
Eux semblaient connaitre les crises de violence légendaires de l’officier.

 » Avec ton physique de fiotte tu crois que tu vas m’empêcher de passer une bonne soirée …? Tu sais quoi ? Tu as l’air pas bien fini, alors je vais te laisser une chance avorton. »

Gabriel sortit de sa poche un dé à six faces et le secoua dans son poing fermé.

 » Quatre ou plus, et je te fais manger le comptoir… Moins de quatre, je vais boire ailleurs. »

Il ouvrit sa main calleuse dans un geste brusque et le dé se mit à rouler sur le comptoir synthétique.

Les quelques courageux qui voulaient tout de même finir leur verre s’étaient réfugiés dans le fond du bar. Ils retenaient leur souffle, beaucoup savaient ce qui arrivait sur un « quatre ou plus ».

Le dé tournoya un instant avant de délivrer son verdict.

Six.

Le jeune barman essayait de ne pas montrer qu’il avait peur, il se tenait face à son agresseur avec la détermination de ceux qui sont prêt à tout risquer car ils croient en la justice de leurs opinions.

Le poing massif du chef de la sécurité se leva avant de s’immobiliser quand l’écran holographique émit un crépitement.

Le visage patricien du commandant Knight apparut sur un fond bleu.

Mes chers compatriotes.
Je m’adresse à vous aujourd’hui car l’heure est grave. Nous avons perdu tout contact avec l’abri 023-05, quelques instants après qu’il ait rapporté une tentative d’intrusion d’un agresseur de nature inconnue.

Il marqua une pause, l’air grave. Ses yeux bleus azur cernés de rides étaient plus perçants que jamais.

De ce que nous savons, nous sommes à présent les derniers représentants de la race humaine.
Les derniers porteur du flambeau de l’espoir de l’Humanité.
Nous approchons actuellement des limites du système solaire, nous sommes sur le point d’aller là où aucun Homme n’est jamais allé.
Inutile de vous rappeler que nous sommes les porteurs d’un fardeau sacré.
VOUS allez construire une nouvelle civilisation, et celle-ci sera le creuset de la renaissance de l’Humanité.
Je suis certain que nous ne tarderons plus à trouver une planète qui possèdera les caractéristiques nécessaires à la fondation d’une colonie.
En attendant, gardez à l’esprit que vous êtes les derniers membres d’une espèce en voie d’extinction.
Aussi, je vous demanderai d’agir avec sang-froid et dignité en toutes circonstances.
Pour finir, sachez, mes chers compatriotes, que tout le personnel de bord ainsi que moi-même faisons le maximum pour assurer la réussite de notre entreprise.

Au revoir.

L’ambiance électrique du petit bistrot était retombée à mesure que le commandant récitait son discours.
Gabriel remit son dé dans sa poche et quitta le bar en lâchant un épais crachat sur le comptoir.

Il ne travaillait pas avant plusieurs heures.
Le cycle jour/nuit n’existait plus dans les ténèbres de l’espace, le seul repère qui permettait de garder un esprit à peu près sain était l’alternance activité/repos.

Il flâna un peu dans l’atrium, un vaste espace circulaire, pourvu de bancs et de quelques écrans d’informations, qui était un des rares lieux encore dédiés à la vie sociale.
L’endroit était souvent bondé car on y pratiquait le troc et l’on y échangeait nouvelles et rumeurs.

Le plafond était agrémenté d’une grande verrière qui laissait voir les étoiles brillant dans l’infini.

Tout autour, les gens discutaient nerveusement de l’allocution de tout à l’heure, l’inquiétude gagnait l’ensemble du vaisseau tandis que Gabriel traversait la foule en silence.
Il trouvait toujours qu’il avait eu un bol monstrueux. Tous les humains sur Terre étaient crevés mais il pouvait continuer à vivre.
C’était pas si mal, Nova Terra ou pas, il pouvait continuer à profiter de la vie, aussi minable soit-t’elle.

Il comptait bien s’amuser encore un peu.

Sur un quatre ou plus, il n’irait pas encore dormir et trouverai quelque chose pour se divertir.
Il s’écarta de la foule, le dé roula sur le sol métallique avant de laisser parler le hasard.

Six.

À SUIVRE…

Raphael Araujo


2 réflexions sur “EDEN #1

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s