EDEN #2

EDEN #2 est la deuxième partie de la série de Raphael Araujo (la première partie). Bien avant les évènements du Visage du Soleil et après le récit de La dernière flèche, les derniers Êtres humains tentent leur chance dans la recherche d’un nouvel Eden au-delà des frontières de notre système.

Le Dr Rachel Stevenson avait décidé de ne pas prendre la prochaine période de repos afin de terminer quelques tests supplémentaires.
Elle était la seule encore à son poste, mais elle savait apprécier le calme des lieux.
D’autant que l’endroit était le plus soigné et le mieux équipé du vaisseau après le poste de pilotage.

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Le laboratoire de bio-génétique était d’un blanc immaculé, du sol au plafond.
Seul un logo Organex© rouge et noir venait de temps en temps briser cette monotonie.
De grandes baies vitrées séparaient les postes de travail et chaque pièce était fermée par une porte coulissante automatique à scanner rétinien.
Les plans de travail étaient méticuleusement rangés et nettoyés, un relent douceâtre d’antiseptique flottait dans l’air.

Rachel n’aimait pas trop cette odeur mais elle lui était familière et rassurante, c’était l’odeur des endroits où elle pouvait laisser libre cours à sa passion.
Elle la pratiquait aujourd’hui de manière désespérée.

Elle ne voulait plus penser au discours du commandant.

La fin de la Terre telle qu’elle la connaissait, toutes les personnes qu’elle avait un jour connues,qu’elle les ait appréciées ou pas, étaient mortes.
Plus un seul être humain sur la planète.
Voilà une information difficile à digérer.

Elle préférait occuper son esprit plutôt que de le laisser vagabonder. Elle se remplissait de formules mathématiques et de résultats d’expérimentations.
Elle avait le sentiment que si elle ne faisait pas ça, elle aurait aussi bien pu devenir folle.
Les digues de sa santé mentale menaçaient de céder et de laisser le flot impétueux de la panique tout submerger sur son passage.

Elle était l’une des dernières scientifique en vie, la dépositaire d’un savoir menacé de disparition.

Quand elle ne se livrait pas à une quelconque expérience, elle aidait à tenir le cabinet médical du quatrième sous-secteur résidentiel.
En plus d’être brillante dans son domaine, elle soulageait son côté altruiste en apaisant les maux du corps.

Elle se posa un instant sur une chaise à roulettes et bût une gorgée de café soluble dans une tasse estampillée :  » I ♥ science « .
Elle quitta ses épaisses lunettes de protection, fit claquer ses gants de latex en les retirant.
Sa charlotte prit la direction de la poubelle pour révéler un élégant chignon fait de cheveux auburn.
Elle n’était ni jolie, ni repoussante. Elle trouvait tout de même que la blouse lui conférait un certain charme.
De corpulence moyenne, elle n’affectionnait pas les atours dont se paraient les autres femmes.
Elle ne portait jamais de maquillage et préférait le pratique au beau en ce qui concernait ses habits.

Elle aimait à se dire que son plus gros atout résidait à l’intérieur de sa boite crânienne.

Elle chassa ces pensées désuètes. Quoique, la fécondation in-vitro ne suffirait pas, et il allait bien falloir mettre en application la bonne vieille méthode pour repeupler une éventuelle colonie extra-terrestre.
Cette pensée la dégoûtait. C’était un comble, la survie de l’humanité se ferait au prix de rapports sexuels forcés , contraires à ses orientations sexuelles.

Elle avait toujours préféré les femmes.

Le seul fait d’avoir un utérus la transformait en incubateur ambulant au service de son espèce.

Étaient-ils tombés aussi bas?
Oui. On était dans une de ces situations où le mal devient nécessaire.

Son esprit divaguait, elle avait trop travaillé.
Rachel se frotta les yeux.
Depuis combien de temps n’avait t’elle pas dormi plus de quelques heures ?

Elle ne dormait que lorsque l’épuisement l’y obligeait et qu’elle s’écroulait de fatigue, mise KO par Morphée.

Elle commença à examiner la banque ADN embarquée dans le vaisseau. Elle prit un échantillon au hasard, « Asterias Rubens » , et l’inséra dans le microscope numérique.
Les manipulations inutiles de la banque de données était proscrites mais elle adorait rêvasser en observant les motifs complexes des cellules en stase.
Elle pouvait y passer des heures, pour une raison inexpliquée, cette vision l’apaisait.
L’écran tactile s’activa et ce qu’elle vit lui fit froncer les sourcils.

L’échantillon était endommagé.

Les cellules se développaient en tous sens sans aucune logique, ni cohésion. Une prolifération anarchique de matériel génétique s’étalait sous ses yeux. Là où l’on aurait du observer de délicates formes géométriques, on ne distinguait qu’un magma agonisant de cellules difformes.

Elle avait effectué toutes les opérations de maintenance de l’appareil de conservation elle-même, et il fonctionnait parfaitement.
Cette souche avait du être corrompue lors du recueil.

Elle s’apprêtait à sélectionner un autre prélèvement quand l’interphone émit un son strident.
C’était Edward Briggs, l’infirmier.

« Allo doc ? On aurait besoin de vous au dispensaire.
– Que se passe-t-il ?
– J’ai deux sujets présentant des symptômes similaires et le robot de diagnostic perd un peu les pédales. »

La curiosité de la jeune femme fut piquée au vif.
« Et ces symptômes M. Briggs, quels sont t’ils ?
– Hé bien… Hyperthermie résistante aux anti-pyrétiques, nausées, état semi-comateux.
– Le Glasgow ? » L’interrompit-elle.
« – A huit pour l’un des patients, sept pour l’autre. »

Briggs n’était pas du genre à la déranger pour rien, il avait de la bouteille et un talent certain pour sa profession.
Elle prit sa trousse médicale et enfila une blouse propre avant de quitter le laboratoire.

L’infirmier l’accueillit, le quarantenaire athlétique était toujours souriant. Son visage aux traits épais et son teint hâlé lui conféraient un air débonnaire.

 » Salut doc ! Désolé pour l’heure mais il se pourrait qu’on aie de sacrées emmerdes… »

Et il n’imaginait pas à quel point il avait raison.

Le premier patient était un homme de 45 ans, mais l’on aurait dit qu’il en avait trente de plus tellement le mal qui l’affectait impactait ses traits.
Il était inconscient au fond de son lit.
Le med-bot l’avait déjà perfusé et intubé, le respirateur émettait un vrombissement régulier.

Rachel ouvrit sa trousse et passa son scanner à la base du cou du patient, là ou se trouvait la puce de diagnostic qui permettrait de faire un point rapide sur ses fonctions corporelles.
L’écran du petit appareil afficha rapidement des informations préoccupantes.
Le cœur semblait en bout de course, idem pour les reins et ses fonctions respiratoires n’étaient pas bonnes non plus.
On pouvait y ajouter une fièvre importante.
Tout son corps donnait l’impression de s’emballer et de s’être mis en surchauffe.

« Depuis combien de temps est-il dans cet état ? » demanda Rachel.
– A son arrivée il balbutiait quelques mots incompréhensibles mais il était déjà bien mal en point.
– D’après la puce, il n’a pas d’antécédents particuliers, hormis une anomalie génétique bénigne mais il était en parfaite santé avant d’embarquer…. Qu’est ce qui a pu le mettre dans cet état ..? Avez vous déjà vu quelque chose de semblable ?
– Non. Je sèche. »
Elle continuait son examen, palpant le malade à plusieurs endroits, elle utilisa son stéthoscope, le cœur battait de manière erratique.
Le pauvre homme n’en avait plus pour longtemps, son corps s’épuisait de minutes en minutes.

Rachel interpella le medbot.
 » Assistant, Dr Stevenson ID 20654, prélevez un bilan complet et pratiquez un scanner de l’abdomen. »

Le petit robot volant hérissé de sondes d’examens et d’instruments chirurgicaux émit un série de petits sons avant d’exécuter la prescription.

Elle le laissa travailler et se dirigea vers le second lit occupé, elle découvrit une enfant d’une dizaine d’années.
Son visage juvénile était également marqué par la maladie qui la terrassait, son teint était gris et elle transpirait abondamment.

Elle scanna la base de son cou et reçut les mêmes conclusions que pour l’homme. Elle s’appelait Lisa Hampton elle avait 11 ans.

Elle se tourna vers son collègue.
 » Ils ont un lien de parenté ? Ils travaillent au même poste ? »
– Non, la petite est seule ici, pas de parents. Il travaille sur le réacteur à fission et elle à été affectée à la lingerie. »
– Mais qu’est ce qui a pu leur arriver, bon sang ?! »

Dans les heures qui suivirent les deux soignants tentèrent tout ce qu’ils purent, mais aucun de leurs patient ne survécut. Leurs fonctions vitales continuèrent à se dégrader pour s’arrêter purement et simplement au bout d’une poignée d’heures.
Détail sordide, l’épiderme de la jeune fille commençait déjà à se décomposer un peu avant sa mort.
Rachel retint un haut-le-cœur devant la carcasse en décomposition et Briggs eut l’air profondément choqué par les chairs nécrosées qui s’étendaient à vue d’œil sur le corps de l’enfant.
L’odeur était difficilement supportable.

Rachel et Edward s’assirent sur le sol de l’infirmerie sans parler, seule la sonnerie du moniteur cardiaque brisait le silence par sa note continue.
Perdre un patient était déjà une épreuve en soi, mais plus il était jeune plus l’expérience était difficile à vivre.
Et puis de cette façon…

La sonnerie du cabinet médical retentit et un agent de sécurité fit son entrée, l’air affolé.

 » Docteur ! Docteur !  » cria-t-il en la cherchant du regard.
Elle se redressa et essuya ses gants tachés de sang sur sa blouse.
 » Je suis là. Qu’y a-t-il ?
– Nous avons une vingtaine de malades supplémentaires dans le sous-secteur. Les symptômes semblent identiques. »

Rachel activa immédiatement l’interphone à coté de la porte d’entrée.

 » Commandement, ici équipe médicale du secteur résidentiel 4, pont du réacteur. Code noir. J’ai une maladie étrange de nature inconnue qui se répand parmi les passagers. L’issue est fatale et elle semble contagieuse. Virulence élevée. Vingt cas pour le moment, plus à prévoir. »

Une voix féminine lui répondit.

 » Oh bordel de m…. Attendez un instant …. Bien… Ok… Voilà les directives : nous envoyons tout de suite des moyens matériels et humains supplémentaires pour vous aider à gérer les infectés. Par la suite, nous mettrons le sous-secteur en quarantaine et diffuserons une alerte dans tout le vaisseau.
Nous resterons en contact radio tout au long de la crise. »

Briggs soupira, un petit sourire au coin des lèvres.

 » Hé bien doc, j’espère que vous n’aviez rien prévu pour les prochaines vingt-quatre heures. »

Des renforts venus des autres sous-secteurs arrivèrent rapidement avec du matériel médical.
Rachel s’était improvisée chef des opérations, et cela lui allait très bien, elle excellait quand elle était sous pression.
Elle aurait bien aimé que son amie, Claire, soit venue la seconder mais elle était actuellement en mission à l’extérieur du vaisseau.

Le reste de l’équipe médicale se répartit dans les étages et commença à traiter les cas directement dans les dortoirs. Les équipes de sécurité mirent en place un cordon sanitaire, ils tentèrent également de rassurer les passagers. Le vent de panique initial fût contenu, tous les sas blindés furent verrouillés de l’extérieur. Il étaient totalement coupés du reste du vaisseau.

Des mesures d’isolement strict furent mises en place, les infectés étaient séparés des sujets sains.
Rachel et Edward quittèrent l’infirmerie pour se rendre au chevet des patients, après avoir entreposé les corps de leurs premiers patients à la morgue.
Alors qu’ils s’équipaient de combinaisons hermétiques anti-pathogènes, il ne virent pas le drap qu’ils avaient posé sur la jeune fille glisser au sol.

Il sortirent et fermèrent la porte derrière eux au moment même où la chose, qui était Lisa Hampton dans une autre vie, se leva du brancard.
À SUIVRE…

Raphael Araujo


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